Institut de recherche en Permaculture (IRP)

La permaculture est de plus en plus en vogue quand on parle de production de légumes bio ou de développer un jardin potager. Que ce soit en France ou en Australie elle connaît un regain d’intérêt grâce à l’attrait grandissant pour le produits et les méthodes « naturelles » et à la médiatisation de certains producteurs comme la Ferme du bec Hellouin.

Après avoir visionné les vidéos de Geoff Lawton, j’étais intéressé pour visiter l’institut de recherche en permaculture (IRP) d’Australie pour voir « en vrai » à quoi pouvait ressembler une ferme en permaculture. L’approche permaculturelle m’intéresse entre autre car elle s’appuie sur la complémentarité des espèces pour produire sans intrant extérieur (ou presque) et maximiser l’utilisation des ressources naturelles (eau, lumière, fertilité).

Situé à The Channon, sur la côte de la Nouvelle Galle du Sud la ferme de 27ha jouit d’un climat semi tropical. Placée sur une colline, elle se compose de plusieurs zones de pâtures, de jardins potagers et de plans d’eau.

Toute la ferme fonctionne en autonomie grâce à la récupération d’eau de pluie (comme la plupart des personnes que nous avons visité dans la campagne Australienne) et des panneaux solaires photovoltaïques pour la production d’électricité. L’utilisation des outils et machines électriques se fait donc principalement en journée. Des batteries assurent le stockage pour les jours de mauvais temps.

La propriété a été aménagée suivant un « design » : un plan d’aménagement longuement pensé qui positionne les voies d’accès et les différentes zones de production et d’habitation en fonction de l’écoulement et la récolte de l’eau. Les voies de circulation ont été placées le long des courbes de niveau pour éviter leur érosion, et pour pouvoir récolter l’eau grâce aux fossés. D’autres fossés appelés « swale » sont placés sur les courbes de niveau pour récolter l’eau de ruissellement et la conduire dans plusieurs bassins de stockage. Si on ne savait pas que ces barrages ont été construits on pourrait croire que ce sont des mares naturelles ! L’eau est ainsi transportée en pente douce d’un endroit à un autre, et les différentes mares sont interconnectées. En interceptant ainsi l’eau de ruissellement, les fossés permettent à l’eau de s’infiltrer doucement dans le sous-sol pour “réhydrater” le paysage. Avec la construction progressive de ce réseau de fossés, et grâce à la couverture des sols, une vingtaine de sources sont réapparues.

Lors de cette visite toute la propriété était verdoyante et luxuriante mais cela n’a pas toujours été le cas ! lorsque Geoff Lawton a acheté cette ferme elle était surpâturée, régulièrement brûlée (pratique commune en Australie), couverte de mauvaises herbes, et avec beaucoup d’érosion. La luxuriance de la ferme est donc le fruit d’un travail patient de plantation et d’aménagement !

Fossé collecteur des eaux de ruissellement, se déversant dans un bassin de stockage
“Swale” : Fossé collecteur d’eaux de ruissellement

J’ai trouvé très intéressante l’idée d’un « design » pour gérer l’eau, et positionner les voies d’accès. Dans ce domaine, la permaculture reprend les principes des « lignes clé » (Keyline design) de P.A Yeomans, agriculteur australien, expert de la récolte et du stockage de l’eau.

Ce que je retiens de cette visite est l’utilisation de plantes et d’animaux «de service» pour faire le travail à la place des machines. Nous avons pu suivre l’établissement d’une «forêt-jardin» : imaginez une forêt tropicale où s’entrelaçent plusieurs étages de végétation. Au deuxième coup d’oeil, vous découvrez qu’il s’agit d’un verger où poussent des bananes, des mangues, des cerisiers de cayenne, des ignames grimpants et des arachides rampants…

Les arbres fruitiers partagent l’espace avec des arbres de couverture qui sont taillés pour produire du mulch. Cela se rapproche un peu des oasis ou des arbres de plusieurs étages se complètent.

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Forêt jardin

Cette première photo montre une jeune forêt jardin, la seconde montre une forêt jardin mature dans ce climat semi-tropical la lumière et l’eau ne manquent pas.

La mise en place d’une forêt jardin consomme très peu d’énergie puisqu’une partie du travail de désherbage est fait par les animaux. Les poules sont utilisées pour défricher le sol avant de planter les arbres. Elles sont aussi utilisées ponctuellement pour « raser » le couvert sous les arbres. Ce couvert est composé de Singapore daisy, de pois de niébé et/ou de patate douce. Il a pour fonction d’occuper l’espace, d’enrichir le sol et d’étouffer l’herbe. L’herbe qui passe à travers est coupée à la main et laissée sur le sol comme mulch.

De manière générale, j’ai été impressionné par leur expérience et leur connaissance approfondie des associations entre plantes.  Un endroit comme la “forêt-jardin” est stimulant pour l’imagination !

Dans un objectif d’autonomie alimentaire, quelques vaches à viandes et deux vaches laitières pâturent en périphérie de la ferme. Elles pâturent de petits paddocks dans lesquels elles restent 3 à 4 jours.

Les potagers sont fertilisés avec des composts fabriqués sur la ferme. Les stagiaires font du compost suivant la méthode du compost de 18 jours. Le tas est remué d’abord tous les 2 jours pour éviter qu’il ne dépasse 65°C puis tous les 4 jours. Cette méthode demande beaucoup de travail mais permet en contrepartie d’avoir du compost rapidement. Elle est surtout pratiquée pour apprendre le compostage aux stagiaires.

jardin potager

Les déchets de cuisine sont plutôt destinés au vermicompost. Les vers sont élevés dans des baignoires couvertes, très pratiques pour récupérer les jus ! Elles sont récoltées tous les mois. Le vermicompost est utilisé dans la pépinière pour les semis d’arbres.

L’habitat en permaculture reprend de nombreuses notions de l’habitat «durable» ou «écologique», avec un objectif d’autonomie en énergie. Les maisons d’habitations sont en ossature bois ou fer avec isolation en paille. Elles ont toutes été construites avec l’aide des stagiaires présents sur le site. La paille est un excellent isolant, elle permet d’économiser de l’énergie en chauffage, comme en climatisation. La casquette du toit a été faite pour que la lumière du soleil entre le plus possible dans le bâtiment l’hiver mais qu’elle ne rentre pas du tout l’été. Je crois bien que ce sont les seules maisons australiennes isolée que nous ayons vues !

Maisons en paille
Maisons en paille

D’un point de vue d’agriculteur, ce système peut être difficile à appréhender pour plusieurs raisons :

  • La permaculture est née dans une optique d’autosuffisance et non de production commerciale et l’IRP est avant tout un institut d’expérimentation.
  • Le développement de la propriété repose sur l’utilisation de main d’œuvre non rémunérée (bien que nourrie et logée pendant la semaine) qui apprend la permaculture pour une durée de 6 mois à 2 ans en participant à toutes les tâches de la ferme. Cela contribue à mon sentiment que ce qui permet de vivre de la permaculture c’est son enseignement, et non pas la production commerciale de légumes ou de fruit en suivant ses principes.
  • L’approche est très instinctive. Par exemple l’IRP ne pratique pas d’analyses de sol, qui sont pourtant un bon outil pour suivre l’évolution de la fertilité du sol et corriger les déséquilibres. En effet, même avec des composts et des biofertilisants, on peut très bien créer des déséquilibres sur les plantes et/ou les animaux qui mangent ses plantes.

Cette dernière remarque sur les analyses de sol fait écho à l’importance du suivi des décisions dans la gestion holistique, ce qui fera l’objet d’un prochain article.

Pour conclure, j’ai été impressionné par l’amélioration de la propriété, la diversité des espèces d’arbres et de légumes exotiques et le savoir-faire pour utiliser telle ou telle plante. Mais cette visite m’a laissé des sentiments mitigés : si la conception du paysage autour de l’eau et les associations de plantes sont inspirantes, la productivité et la viabilité financière d’un tel système restent, pour moi, flous.

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1 comment on “Institut de recherche en Permaculture (IRP)Add yours →

  1. Les enseignements de cette visite du point de vue de la gestion de l’eau seront très utiles là où les pentes nous jouent des tours : Pays de Caux, Vermandois… Pour le reste l’intérêt est plus à titre “privé”(autoconsommation)…
    Merci et bonne prospective

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